mardi 1 mars 2011

PROSPECTUS SUSPECTUS (part. 2 et fin)

Qualité des processus comme ligne de défense
Les professionnels des industries graphiques s’organisent et répliquent. Leclerc est chargé : opportunisme, démagogie, mensonge. Les papetiers particulièrement virulents défendent une production honnête et respectueuse de l'environnement.

Justement parlons-en. Quid du papier pour prospectus ? Des fibres de bois pour commencer, provenant de coupes d’éclaircies (70%) et de déchets de scieries (30%). Une fois extraites par des procédés thermos-mécaniques ou chimiques, elles sont mélangées à de la pâte recyclée (42 % de nos déchets papier seulement le sont chaque année) puis à des sauces de couchage destinées à améliorer l’état ou l’apparence des surfaces. Propres à chaque papetier, elles sont composées de pigments (kaolin, dioxyde de titane, talc, carbonate de calcium), de liants (caséine, latex, amidon, alcool polyvinylique) et d’adjuvants (dispersants, azurants optiques, biocides, anti mousse, modificateurs de rhéologie, lubrifiants, colorants). Des machines à papier constituent enfin les bobines d’impression. 

La grande distribution, qui achète elle-même ses propres matières premières, consomme majoritairement des SC (papiers super calandrés) ou des LWC (Light Weight coated). Tous deux répondent aux exigences de l’impression en rotative ou en hélio : faible grammage (45 gr/m², 60 g/m²), opacité, blancheur, imprimabilité.

Le processus n’est pas neutre, c’est évident. Mais il obéit à des normes ISO (14001) et des certifications (EMAS, OHSAS 18001), passe par le contrôle d’éco labels comme le European Union Ecolabel, le PEFC ou le FSC (pur, recyclé, mixte 1, 2 et 3).


La composition du LWC Norcote Super H chez Norske Skog



Les imprimeurs ne sont pas en reste puisqu’ils affichent eux aussi des certifications Iso, Imprim’vert, PEFC et FSC. Force est de constater que des investissements tous azimuts ont été faits pour améliorer les méthodes, les dépenses énergétiques, la gestion des déchets, la récupération des fûts d’encre vide par des sociétés agrées, le traitement des boues industrielles, etc.

Les donneurs d’ordres font également pression. En 2011 suivant l’exemple de Carrefour, Leclerc (encore lui !) a supprimé de la liste de ses fournisseurs la société APP/SMG (Asian Pulp Paper) coupable de déforestation. La gestion des exploitations forestières s’est considérablement améliorée en Europe ou en Amérique du Nord mais qu’en est-il dans les pays émergents ? Des doutes subsistent sur les pratiques comme le laisse à penser, par exemple, cet article de l’AFP. La vigilance reste de mise.


Les indicateurs font mentir Leclerc ?
Envolée de la pâte à papier (960 $ la tonne de NBSK) (qui fait craindre à long terme une crise mais bon, nous n’en sommes pas là…), papetiers renouant par conséquent avec les bénéfices, (17.4 % d’imprimés publicitaires en plus en 2010 selon LSA)... La branche est loin d’être inquiète. Et pourtant… Sentiment de lynchage médiatique mis à part, quel carburant alimente le mécontentement de professionnels revendiquant les efforts accomplis jusque-là pour satisfaire leurs clients ? Crainte d’un effet domino ? 250 000 personnes travaillent dans le secteur. Les décisions sont lourdes à ce niveau. Que se passerait-il si plusieurs géants de la grande distribution ou détaillants de meubles décidaient de suivre le même chemin ? Que deviendraient les distributeurs, parfois des entreprises familiales mono client ? La tendance est-elle amorcée (voir la décision de la société Viking du Groupe Office Dépôt) ?


Quel équilibre ?
Il serait vain de décrire un monde où les industries graphiques seraient sans impact pour l'environnement. Essayons plutôt d'établir une réflexion logique à partir des éléments dont nous disposons :
  • Internet ne se substituera pas au papier, tout comme la télévision ne s'est pas substituée à la radio. Il s'agit juste d'un canal complémentaire faisant partie intégrante d'une communication globale (contrairement au vinyl ou au CD, il ne s'agit pas d'un support mais bel et bien d'un média).
  • Les donneurs d’ordres, à l'origine de milliers d’emplois dans la filière impression / papier, ne pourront se retirer de la partie sans entendre la voix des pouvoir publics, du moins c'est à espérer...
  • On connaît Leclerc pour ses prises de positions radicales et polémiques. Le "Mouvement E. Leclerc" s'est attaqué à bien d'autres domaines : les carburants, les médicaments, le livre... Ces sorties très médiatisées n'ont pas toutes été suivies d'effets.
À priori donc peu de dangers d'effondrement du secteur. 

Pour autant :
  • Est-il normal que les habitants des plus grandes villes de France - pour la plupart non motorisés - reçoivent tous les quinze jours des 52 ou des 72 pages émis par des supers et des hypermarchés situés en périphérie des villes voire même en grande banlieue. Les enseignes croient-elles réellement qu’ils se déplaceront aussi loin pour effectuer de substantiels achats ? 
  • Et que dire des Parisiens dont les appartements font en moyenne 58 m² (INSEE 2007) ? Ils reçoivent eux aussi, deux fois par mois, des 20 ou des 48 pages leur présentant des cuisines équipées, des salles à manger, des écrans plats géants. Sont-ils concernés ? 
On ne saurait trop insister sur les nécessités d'un meilleur ciblage. Il passe par la connaissance des habitudes de la clientèle. Et paradoxalement, le Net n'est-il pas le meilleur outil pour affiner cette connaissance ? Ceci, associé à la minoration des tirages, à la diminution des opérations marketing et au recyclage systématique du papier, améliorerait significativement la situation. Mais ne rêvons pas trop... Elle est encore loin "l'ère environnementale".

Une dernière réflexion au passage
Le 4 pages « J’aime le prospectus » a été tiré à 13 millions d’exemplaires. Regardez le attentivement. Vous n'y trouverez ni logo PEFC ni sigle indiquant l'utilisation d'un papier recyclé. Belle contradiction avec le but recherché n'est-ce pas ?

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